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En 1792, la Savoie qui faisait alors partie du Royaume indépendant de Piémont-Sardaigne, est occupée par les révolutionnaires français.
Quelques années plus tard, en 1796, les Français entrent en Piémont. L'occupation des deux provinces durera jusqu'à la chute de l'Empire en 1815. En janvier 1798, le général Bonaparte, Commandant en Chef de l'armée française en Italie, passe le Mont-Cenis à la tête de 30 000 hommes. Il le repassera une seconde fois en juin 1800 après la célèbre victoire de Marengo. Sur la façade de l'hospice du Mont Cenis qu'il fait reconstruire à partir de 1808, était inscrit :
Asile aux voyageurs
Après la paix continentale - Secours à l'humanité
Bonaparte triomphateur. An IX de la République.
Jusqu'au début du 19ème siècle, la route carrossable se terminait, sur le versant mauriennais, à Lanslebourg. Pour gagner le col du Mont Cenis, il fallait emprunter le chemin muletier de la Ramasse. Après avoir franchi une trentaine de rampes, on traversait le plateau avant de descendre, toujours sur un chemin muletier, jusqu'à Novalesa (en amont de Susa sur le versant piémontais) en suivant 70 rampes sur plus de 1000 mètres de dénivelée ! Les souverains de la Maison de Savoie avaient volontairement rendu difficile l'accès au col, depuis les passages incessants de troupes étrangères en Maurienne et Val di Susa.
Aussi pour faciliter les déplacements de ses soldats, Bonaparte ordonna en 1802 la création d'une route carrossable entre Lanslebourg et Susa. Le 15 novembre 1804, le pape Pie VII allant à Paris pour le couronnement de Napoléon Ier, arriva au Mont Cenis accompagné d'une suite importante composée de prélats et domestiques. Il fut accueilli à l'Hospice par l'abbé Dom Gabet et le préfet du département du Mont-Blanc dont faisait partie la Savoie.
La route carrossable étant peu avancée, les voitures montèrent par Novalesa, où comme auparavant elles furent démontées et chargées sur le dos des mulets. Les voyageurs prirent place sur des traîneaux ou des chaises à porteurs. Le Mont Cenis était couvert de neige (le « petit âge de glace » sévit en Europe jusqu'au milieu du 19ème siècle), et au moment où le cortège arriva au hameau de Grand Croix, une tempête s'éleva et obstrua complètement le chemin, empêchant le convoi de poursuivre. Le pape fut acheminé jusqu'à l'Hospice, mais les cardinaux et archevêques durent attendre que les porteurs aient pris leur vin chaud, la fin du trajet s'annonçant difficile... Des dizaines d'ouvriers luttant contre la tourmente faisaient la trace, au fur et à mesure de la montée.
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L'année suivante, Napoléon couronné empereur des Français, précéda de quelques jours le pape au Mont Cenis pour aller à Milan avec l'impératrice Joséphine, recevoir la "couronne de fer" des rois lombards. Il arriva à Lanslebourg le 19 avril 1805. Son cortège comprenait 4 divisions qui se succédaient à un jour d'intervalle, au total 25 voitures et plusieurs chaises à porteurs. Napoléon décida de gagner le col à cheval, alors que Joséphine était en chaise à porteurs.
C'est là que se situe l'épisode du "sauvetage" de l'Empereur, dont le récit a été dramatisé par les historiens ! D'après eux, Napoléon aurait été surpris par la neige et le vent au milieu de la montée. Il serait descendu de cheval et aurait été mis sur une chaise par quatre robustes porteurs du pays. Ici commence la légende : le froid devenant plus intense, l'Empereur chancelle et s'évanouit devant un refuge où on le transporte ; on le réchauffe en le frictionnant à l'eau de vie, et il revient à lui. Sans perdre temps, les porteurs le font monter en voiture et il arrive: épuisé et transi à l'Hospice où il est reçu par Dom Gabet. Dans ses bottes gelées les pieds sont tuméfiés, et l'abtif coupe alors le cuir, dégage les jambes, les frictionne et achève ainsi de sauver la vie de l'Empereur. Celui-ci veut récompenser les porteurs et leur remet une poignée d'or. Il promet à leur chef François Bouvier une rente viagère de 700 frs. La version de François Bouvier est moins romancée, et dans une lettre adressée au préfet pour obtenir la pension promise, il indique qu'avec Martin Boch il a porté l'Empereur jusqu'au refuge. De là, sur une chaise rudimentaire, ils l'ont amené à l'Hospice où ils sont arrivés à la nuit. Quelques temps après, une supplique du maire de Lanslebourg fut remise à l'Empereur, demandant à Napoléon différentes faveurs, entre autres d'exempter ses administrés du service militaire (comme c'était le cas sous le règne des princes de Savoie) et d'indemniser les habitants expropriés au moment de la construction de la route.
Tout fut accordé, sauf l'exemption du service militaire... La route achevée en 1810 fut alors baptisée Route Impériale, et rebaptisée Route Royale lorsque Savoie et Piémont retrouvèrent leur indépendance en 1815.
Après 1860, date du rattachement de la Savoie à la France, elle devint la Route Nationale 6. Fermée l'hiver à la circulation des véhicules, elle est reconvertie en piste de ski, l'Escargot, piste verte la plus longue d'Europe. Skieurs alpins, fondeurs et piétons : au sommet du télésiège de "La Ramasse', près du col des panneaux retracent l'histoire du Mont Cenis.
J. Jorcin Roch